A toute la jeunesse de Côte d'Ivoire,
qu'elle vive sur le territoire national ou à l'étranger; qu'elle soit Bété ou Baoulé; Agni ou Attié; Dioula ou Yacouba; etc.
Je n'ai nullement besoin de vous rappeller à quel point notre pays se porte mal. S'il existe une tranche de la population qui le sait, c'est bien la jeunesse.
Elle qui eut bouillonné d'espoirs hélas maintes fois déçus. Elle qui souffre du chômage endémique. Elle qui est trop souvent sacrifiée dans des manifestations politiques de tous genres. Elle qui,
en somme, est devastée par les conséquences de la pauvreté.
Mon message chers jeunes, est une vibrante invitation à un genre différent d'engagement.
Nos malheurs, nos souffrances, ne doivent en réalité rien au hasard. Une analyse simple de la situation socio-politique de ces quinze dernières années, permet d'expliquer nos déboires et notre
désespérance.
Que s'est-il passé depuis la mort du Président Houphouet Boigny?
L'explication tient en un seul mot: "Naïveté". Nous avons tous été naïfs. Nous nous sommes appropriés des combats qui n'étaient pas les nôtres. Nous avons fait don de nous mêmes pour obtenir des
changements à la tête de l'Etat. Dans une passion fougueuse et irréfléchie nous avons misé sur des hommes politiques plutôt que des projets politiques. Nous nous sommes laissés manipuler comme
des marionnettes sur des problématiques qui n'étaient pas les nôtres. Par exemple, je considère, que nous avions toujours vécu en bonne intelligence les uns avec les autres avant que ne surgisse
de l'obscurité le concepte d'Ivoirité. En fait, nous avons cru naïvement et nous avons été cruellement déçus . Si nous continuons de croire béatement, nous serons de nouveau tragiquement
abusés.
La bonne nouvelle, c'est qu'enfin, des élections présidentielles ouvertes à tous se profilent, certes trop lentement, mais se profilent à un horizon proche. Ce scrutin représente une lueur
d'espoir que nous devrons transformer en une éclatante lumière. Pour ce faire, il est indispensable que nous changions notre fusil d'épaule. Nous devons cesser de "croire" car la politique n'a
rien à voir avec la foi. Nous devons arrêter de confier notre précieux avenir naïvement à un dirigeant politique quel qu'il soit. Ce qu'il convient de faire à l'occasion des Présidentielles
à venir, c'est effectuer un choix froidement rationnel et par la suite, exercer une vigilance citoyenne constante.En clair, j'invite tous les jeunes ivoiriens, à se débarasser des pesanteurs
ethnico-tribales; à urgemment abattre les cloisons futiles érigées entre nous par les partis politiques.
Nous ne sommes pas condamnés à vieillir pitoyablement au domicile de nos parents. Cette destinnée est parfaitement inacceptable. De même qu'il est hors de question que nous versions tous dans
le "coupé-décalé" et ses nombreuses variantes. Dans un monde aussi ouvert et concurrentiel, il est inadmissible que les seuls domaines où les jeunes ivoiriens sont
compétitifs restent la danse (Merci "Variétoscope") et le football (Merci "L'académie Mimos Sifcom"). Chacun de nous doit se prendre en main et comprendre que sa passion pour
un homme politique, aussi respectable soit-il, ne doit pas lui faire oublier ses difficiles conditions de vie.
Le Président de la République de demain devra être "choisi" par la jeunesse en toute connaissance de cause. Comme pour une étude de cas, ce choix devra être l'aboutissement d'une fine analyse,
dépouillée de tout sentimentalisme et calcul irrationnel. Ainsi, les seules questions qui méritent réponses sont les suivantes:De tous les candidats engagés dans la compétition électorale, lequel
est capable de changer favorablement la vie des jeunes? Lequel, au delà des compétences, possède les valeurs morales et la volonté politique réelle de nous apporter les changements que nous
sommes en droit d'attendre de l'Etat?
Faisons notre choix en toute conscience. Moi, j'ai choisi Alassane Ouattara.
Mais quel qu'il soit, le futur Président doit accepter l'idée que la jeunesse ivoirienne a muri. Qu'elle lui accordera son soutien mais certainement pas sa foi. Le Président doit être
convaincu que nous veillerons à ce que tous les jeunes aient les mêmes chances d'accès à l'éducation,à la santé et à la vie professionnelle. Il doit savoir qu'aucune injustice ne lui
sera pardonnée par la nouvelle jeunesse qui sortira de cette longue crise politique.
A toutes et à tous, si nous devions échouer à nous rassembler, non pas autour de nos appartenances ethniques et tribales, mais autour de nos conditions sociales, alors soyons assurés d'un avenir
encore plus sombre.
En effet, tant que les responsables politiques réussirons à nous faire oublier nos conditions de vie précaires; tant qu'ils pourront nous manipuler à leur guise; tant qu'ils n'auront pas en face
d'eux une jeunesse lucide et consciente des enjeux du monde; tant qu'ils parviendront à nous opposer les uns aux autres sur des fondements autres que programmatiques; alors nous devrons préparer
des lendemains encore pires qu'aujourd'hui.
Je lance donc un appel à mes frères Mathieu, Matthias ou Mohamed; à mes soeurs Mélanie, Mathilde ou Mariam. Nous avons fréquenté les mêmes établissements scocaires et nous traversons le même
désert professionnel. Il est vrai que nous n'avons pas réçu la même éducation familiale et réligieuse. Mais dans un pays laïc comme le nôtre, cela constitue plutôt une richesse qu'une
difficulté. Ne laissons plus les responsables politiques nous distraire.
En vérité, le problème ne réside pas dans la différence d'origine qui existe entre Matthias et Mohamed. Le vrai problème que les mauvais leaders politiques veulent nous empêcher de soulever
ensemble, c'est que Matthias et Mohamed aient mis plus d'un an à obtenir un simple stage et qu'au bout de trois ans, ils n'ont toujours pas décroché leur premier travail. Le véritable scandale,
c'est que Mathilde et Mariam, malgré leurs nombreux diplômes, soient obligées de quasiment se prostituer pour espérer vivre descemment un jour.
Alors, plutôt que de nous affronter sur nos futiles différences, unissons-nous autour de nos intérêts vitaux. Devenons des citoyens éclairés, décomplexés et vigilants.
Ce scrutin présidentiel nous donne une formidable occasion d'en faire la démonstration. J'en appelle donc à la vigilance de tous mes jeunes concitoyens.
Ne choisissons surtout pas Laurent Gbagbo parce qu'il est "Bété"; ni Konan Bédié parce qu'il est "Baoulé"; ni Alassane Ouattara parce qu'il est "Dioula". Ce sont de très mauvaises raisons.
Notre futur Président de la République se trouve très certainement parmi ces trois candidats. De ces trois là, choisissons celui qui incarne la compétence, l'éthique et la volonté politique
de développer notre pays. Mais attention, ne nous trompons pas car le Monde ne prendra pas le temps d'attendre la Côte d'Ivoire.
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